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Un tableau de bord n’est pas un outil de pilotage simplement parce qu’il affiche beaucoup d’indicateurs.
Dans une salle informatique ou un Data Center, je constate souvent que nous disposons aujourd’hui de beaucoup plus de données qu’il y a quelques années et c’est un très bon point : Consommation électrique, température, hygrométrie, puissance disponible, capacité des équipements, alarmes, disponibilité, PUE, occupation des baies, etc.
La gestion des ressources et du capacitaire s’est grandement professionnalisée.
Mais une question reste essentielle : Ces données me permettent-elles réellement de prendre de meilleures décisions, ou me permettent-elles simplement de constater, après coup, ce qui s’est passé ?
C’est cette différence entre mesurer, surveiller, comprendre et véritablement piloter que je souhaite aborder ici.
1. LE CONTEXTE & LES ENJEUX
Pourquoi cette question est-elle aujourd’hui légitime ?
Je constate, dans les environnements que j’ai pû observer, une multiplication des outils de supervision et des tableaux de bord. Pourtant, disposer de centaines de mesures ne signifie pas nécessairement disposer d’un véritable système de pilotage et d’aide à la gouvernance.
Désormais, dans la plupart des Data center que je visite on peut me fournir le PUE instantané, la consommation électrique ou la température des salles mais on sait beaucoup plus rarement quelle action engager, quand l’engager et avec quel objectif ? En gros, quelles sont les étapes suivantes en fonctions des projets ou des changements annoncés ?
Avec la densification des équipements, l’arrivée de l’IA, l’augmentation des puissances par rack et peut-être bientôt la coexistence de technologies de refroidissement différentes (Cf. Episode #3), je considère que le simple reporting, fûsse-t-il en temps réel, atteint rapidement ses limites.
Le risque est alors de piloter au rétroviseur : Je constate une dérive, une saturation ou une surconsommation lorsque celle-ci est déjà avérée.
Même quand ma jauge de carburant indique encore 100 km avant la panne, je fais quoi si la prochaine station est fermée ?
Donc l’objet de cet épisode est de ne pas confondre un indicateur qui décrit une situation avec un indicateur qui m’aide à décider et j’essaierai autant que possible de vous communiquer quelques bons réflexes pour passer en mode prédictif
2. LES BONNES PRATIQUES & NOS CONSEILS
Passer du tableau de bord au véritable outil de décision
1. Je commence par la décision que je veux prendre
Pour moi, la première question n’est pas « Quelles données puis-je afficher ? » mais :
« Quelle décision dois-je être capable de prendre grâce à cet indicateur ? »
Si aucune décision n’est associée à une donnée, je m’interroge sur sa réelle utilité opérationnelle.
2. Je distingue les indicateurs de constat des indicateurs de pilotage
Un indicateur de constat me dit :
« Voici ce qui s’est passé. »
Un indicateur de pilotage doit m’aider à répondre :
« Que dois-je faire maintenant ? »
Par exemple, afficher une température de 24 °C est intéressant.
Mais savoir qu’elle augmente régulièrement, identifier la baie concernée, connaître sa charge, vérifier la capacité de refroidissement disponible et disposer d’un seuil d’alerte associé à une action devient beaucoup plus utile.
On le voit c’est l’aspect contextuel et dynamique d’un indicateur qui fait son potentiel de gouvernance. Shématiquement, et ce n’est que du bon sens, projeter un point peut partir dans toutes les directions ; projeter une tendance ou une courbe prédit l’avenir même si c’est toujours avec une marge d’erreur.
3. Je rapproche toujours plusieurs indicateurs
Je me méfie des indicateurs isolés.
Une consommation électrique qui augmente n’est pas forcément une dérive : Elle peut simplement traduire l’installation de nouveaux équipements IT.
Je vais donc chercher à la mettre en relation avec :
- la charge IT ;
- la puissance installée ;
- la température extérieure ;
- la charge climatique ;
- le taux d’occupation ;
- la capacité disponible ;
- les évolutions récentes de la salle.
C’est souvent la corrélation entre plusieurs données qui transforme une mesure en information exploitable.
L’IA peut largement vous aider sur les point 2 et 3 autant pour projeter les courbes et faire « clignoter votre boule de cristal » bien avant la limite que vous fixerez , autant que pour cooréler ces obseravtions a partir d’autres indicateurs pour fiabiliser la prédiction
4. Je privilégie les indicateurs normalisés et contextualisés
Le PUE est un excellent indicateur de performance énergétique, mais je ne peux pas lui demander de tout expliquer.
L’ISO/IEC 30134-2 fournit une méthodologie pour mesurer et rapporter le PUE, tandis que l’ISO 50001 introduit une logique plus large de management de la performance énergétique.
Je dois donc être capable de compléter mes indicateurs globaux par des indicateurs plus opérationnels et adaptés à mon infrastructure.
5. Je définis des seuils, mais surtout des seuils d’action
Pour moi, un bon tableau de bord ne doit pas seulement afficher :
Vert / Orange / Rouge.
Il doit également répondre à :
« Que fait-on lorsque je passe à l’orange ? »
Sans procédure, sans responsable désigné et sans délai associé, mon seuil d’alerte risque de devenir une simple information supplémentaire.
Comme un pilote de ligne, vous devez pouvoir basculer vers tel ou tel classeur de procédures pour faire face à la projection des indicateurs vers une situation d’alerte; à condition que ces procédures aient été rédigées, testées et régulièrement actualisées. Si ce n’est pas le cas ; commencez par cela ou faites vous aider …
6. Je fais apparaître les tendances
Une valeur instantanée peut être rassurante alors qu’une tendance peut être inquiétante.
Je préfère donc afficher :
Valeur actuelle + évolution + objectif + seuil + tendance.
Par exemple :
- 78 % de capacité utilisée
- +8 % en 6 mois
- seuil d’alerte : 85 %
==> Prévision de franchissement : 7 mois = WARNING
Je ne constate alors plus seulement ma situation : Je peux commencer à l’anticiper.
7. Je relie mes tableaux de bord à mon plan capacitaire (en avez vous construit un ?)
C’est particulièrement important pour une infrastructure IT.
Je dois pouvoir rapprocher :
Capacité disponible → consommation actuelle → évolution prévisible → marge de sécurité → date probable de saturation.
C’est cette logique qui permet de transformer le monitoring en véritable aide à la décision.
8. Je mets en place une logique « mesure → analyse → action → vérification »
C’est probablement le point que je considère comme le plus important.
- Une anomalie détectée doit déclencher une analyse.
- L’analyse doit conduire à une action.
- L’action doit être mesurée.
- Et la mesure doit permettre de vérifier si l’action a réellement produit le résultat attendu.
Cette logique rejoint d’ailleurs l’approche d’amélioration continue portée par l’ISO 50001 et l’utilisation d’indicateurs de performance énergétique et de situations de référence prévue notamment par l’ISO 50006.
J’ai déjà évoqué cet aspect dans l’épisode #5
9. Je limite volontairement le nombre d’indicateurs visibles
Je préfère 10 indicateurs réellement utilisés à 150 indicateurs que personne ne regarde.
Je peux par exemple structurer mon tableau de bord autour de cinq familles :
| Domaine | Quelques indicateurs utiles |
|---|---|
| Disponibilité | incidents, indisponibilités, alarmes critiques |
| Capacité | kW disponibles, kW utilisés, marge N/N+1 |
| Énergie | consommation, PUE, dérives, tendances |
| Thermique | températures, ΔT, points chauds, capacité froid |
| Exploitation | actions en retard, anomalies, maintenance, risques |
L’objectif n’est pas de supprimer la donnée.
L’objectif est de hiérarchiser ce qui mérite réellement mon attention.
10. Je termine toujours par la question : « Quelle décision ce tableau m’a-t-il permis de prendre ? »
C’est mon test le plus simple.
Si, après plusieurs semaines, je peux consulter mon tableau de bord sans qu’aucune décision, aucune action corrective ou aucune optimisation n’en découle, alors je ne suis probablement pas face à un outil de pilotage.
Je suis face à un outil de reporting.
C’est bien mais ça ne vous évitera pas la panne sèche en rase campagne !
EN CONCLUSION
Je résumerais finalement cette épisode en une phrase :
Un tableau de bord ne me permet de constater que ce qui est ou a été.
Il devient un outil de pilotage lorsqu’il m’aide à décider de ce qui va être.
Dans une salle informatique, je ne cherche donc pas nécessairement à mesurer davantage.
Je cherche surtout à mesurer mieux, comprendre plus vite et agir au bon moment.
3. RÉFÉRENTIELS & RESSOURCES UTILES
Pour aller plus loin, je vous recommande notamment :
ISO 50001 – Management de l’énergie
L’ISO 50001 fournit le cadre de management permettant de passer de la simple mesure énergétique à une démarche structurée d’amélioration continue. La norme reste la référence internationale en la matière.
ISO 50001 – Systèmes de management de l’énergie
ISO 50006:2023 – Indicateurs de performance énergétique
Particulièrement intéressante pour notre sujet, cette norme traite de la définition et de l’utilisation des indicateurs de performance énergétique (EnPI) et des situations énergétiques de référence (EnB).
ISO 50006:2023 – Energy performance indicators and energy baselines
ISO/IEC 30134-2 – PUE
Cette référence définit la méthodologie du Power Usage Effectiveness, ainsi que les principes de mesure, de calcul et de reporting du PUE.
ISO – Data centre energy performance package
ISO/TS 50011:2023
Cette spécification propose une approche d’évaluation du management de l’énergie et notamment de l’atteinte des objectifs, ce qui est intéressant pour aller au-delà du simple affichage des indicateurs.
4. LES A.M.E.© D’ODC : Nos réponses pour bien démarrer
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